Des indépendantistes fleurissent «La Pleureuse» de Termignon pour le 200e anniversaire du traité qui officialisa «la neutralité de la Suisse» consentie à la partie septentrionale de la Savoie

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Modane (Correspondance pour l’Agence de presse indépendante de Savoie, APIS).— Dans la nuit du mercredi 16 au jeudi 17 mars 2016, pour le 200e anniversaire du traité qui officialisa «la neutralité de la Suisse» consentie à la partie septentrionale de la Savoie, des indépendantistes savoisiens se revendiquant de la Ligue savoisienne Canal historique (la Ligue savoisienne elle-même, fondée au début de 1995, se saborda à l’automne de 2012) ont coiffé d’une couronne tressée de laurier-sauce, buis et fleurs artificielles blanches et rouges —les couleurs de la Savoie— le monument aux Morts de Termignon, un village de Maurienne situé à l’amont de Modane.

Ce monument de pierre grise, dédié aux Termignonais tombés comme mobilisés pendant la Première Guerre mondiale (1914-1918), est baptisé «La Pleureuse» parce qu’il représente, debout, une Savoisienne en larmes vêtue des habits de cérémonie que portaient jadis les habitantes de la haute Maurienne. Œuvre de Luc Jaggi (1887-1976), un sculpteur genevois dont la mère, née Alexandrine Couvert, avait vu le jour à Termignon, il «a été un des premiers monuments aux Morts pacifistes», indique sur la Toile «Maurienne Savoie», le «site officiel de vos vacances en Maurienne – Savoie – Alpes». Si, jusqu’«alors […] la plupart exalt[ai]ent les vertus patriotiques, celui de la Pleureuse proteste contre la guerre et met en lumière la douleur d’une mère ou d’une épouse face à la perte d’un être aimé», mentionne encore «Maurienne Savoie».

L’anniversaire qu’ont célébré de la sorte à Termignon des indépendantistes savoisiens se réclamant de la Ligue savoisienne Canal historique est celui du traité signé le samedi 16 mars 1816 à Turin, capitale des États de Savoie, entre la Confédération suisse et le Royaume de Piémont-Sardaigne, sur lequel régnait Victor-Emmanuel Ier, de la Maison de Savoie.

Aux termes de cet accord, «la Suisse reconnaît et accepte» les dispositions de l’acte final du congrès de dénapoléonisation de l’Europe tenu à Vienne, la capitale autrichienne, qui, le vendredi 9 juin 1815, prévoyait que «les provinces du Chablais et du Faucigny, et tout le territoire de Savoie au nord d’Ugine, appartenant à Sa Majesté le roi de Sardaigne, feront partie de la neutralité de la Suisse telle qu’elle est reconnue et garantie par les puissances»: la France et les vainqueures de Napoléon Ier, au premier rang desquelles l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse, la Russie et la Suède (article 92 dudit acte final).

Selon les indépendantistes savoisiens, de quelque mouvement qu’ils se revendiquent, une telle «neutralité», équivalente à celle «de la Suisse», interdisait à la France de mobiliser pendant la Première Guerre mondiale les hommes qui habitaient «les provinces du Chablais et du Faucigny, et tout le territoire de Savoie au nord d’Ugine», dans la mesure où, lorsque les Savoisiens se trouvèrent annexés à l’Hexagone au printemps de 1860, ils ne le furent «qu’aux conditions» édictées par l’article 92 de l’acte final du congrès de Vienne en 1815.

Aussi, après avoir coiffé «La Pleureuse» de la couronne confectionnée par un des leurs, les sécessionnistes qui s’étaient déplacés jusqu’à Termignon ont-ils brièvement tendu devant le monument aux Morts une banderole sur laquelle était peint: «Savoie colonisée depuis 1860… Mensonges et trahisons». (APIS, 18 mars 2016)

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